Arnold Fruchtenbaum

DIRECTEUR ET FONDATEUR DES MINISTÈRES ARIEL

Beaucoup d’entre vous qui lirez ces lignes, avez déjà entendu des témoignages de personnes qui sont venues à Jésus le Messie pour être sauvées. Mais il y a une nette différence entre le témoignage d’un non-Juif (appelé aussi Gentil) et celui d’un Juif. Un croyant Gentil commencera souvent par parler de sa propre enfance et remontera peut-être à sa naissance, alors qu’un croyant Juif ira beaucoup plus loin en arrière. Le fait de présenter Jésus comme le Messie à un Juif soulève des questions qui trouvent leur source dans des enseignements qui datent de plusieurs siècles. En effet, la source du témoignage d’un Juif messianique se trouve dans les paroles prononcées par Jésus dans Luc 19,41-44 :

 

                  41Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle, et dit :

            42Si toi aussi, au moins en ce jour qui t’est donné, tu connaissais les choses qui

            appartiennent à ta paix ! Mais maintenant elles sont cachées à tes yeux.

            43Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de tranchées,         t’enfermeront et te serreront de toutes parts;

            44ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi      pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.

 

et dans Luc 21,24 :

           

            Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi    toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à         ce que les temps des nations soient accomplis.

            Quarante ans après que Jésus eut prononcé ces paroles, les légions romaines envahirent le pays, et après deux ans de siège, la ville de Jérusalem fut détruite exactement comme cela avait été prophétisé. Depuis lors, le peuple juif est dans ce qu’on appelle la Diaspora ou la Dispersion : les Juifs ont été dispersés à travers le monde et ils ont été victimes de persécution depuis des siècles. Non seulement ils furent chassés de leur pays, mais ils durent constamment se déplacer d’un pays à l’autre. L’histoire des Juifs a été une perpétuelle fuite devant les persécuteurs antisémites. Aussitôt qu’ils s’établissaient dans un coin de l’Europe, un dirigeant antisémite prenait le pouvoir de la région et se servait de son autorité pour tuer les Juifs ou les forcer à s’établir ailleurs. Ainsi les paroles de Moïse se réalisèrent à la lettre en ce que les Juifs seraient dispersés parmi tous les peuples de la terre (Deutéronome 4,27; 28,64-65).

            L’une des plus grandes tragédies à survenir dans l’histoire de la persécution des Juifs est que celle-ci s’est faite au nom de Jésus-Christ, de l’Église et de la croix à partir du quatrième siècle. À cause de toutes les souffrances infligées au nom de Jésus et de la croix, il s’est dressé une barrière dans l’esprit des Juifs : il y a «eux» et «nous», «eux», étant synonyme de Gentils et Chrétiens, qui adorent un Dieu nommé Jésus et au nom duquel les Juifs sont tués et persécutés.

            Du dix-septième au dix-neuvième siècle, les Juifs ont trouvé refuge en Pologne. Durant la Première Guerre mondiale, il y avait trois millions de Juifs en Pologne et ils formaient la plus grande communauté juive au monde. Dans cette communauté, il y avait une nouvelle secte religieuse qui a pris de l’ampleur depuis dans tout le judaïsme, et que l’on connaît sous le nom de Chasidim (littéralement « les Pieux »), des ultra-orthodoxes. Ils sont toujours vêtus de noir, portant un grand chapeau de fourrure, une longue barbe et avec des boucles sur les côtés leurs papillotes : c’est leur tenue traditionnelle. À la mort du fondateur du mouvement, il y eut une division basée sur des questions géographiques.

            Parmi les leaders de l’une de ces divisions (connue sous le nom de Gerer Chasidim), il y avait mon grand-père et son père, de la famille Fruchtenbaum. Pour devenir leader, mon grand-père reçut une formation rigoureuse. À 13 ans, il avait mémorisé, en hébreu, les cinq premiers livres de Moïse; à 18 ans, il avait mémorisé tout l’Ancien Testament; et à 21 ans, il savait exactement où se trouvait chaque mot dans la Bible en hébreu. Si quelqu’un choisissait au hasard une page de la Bible en hébreu et pointait du doigt un passage en particulier, mon grand-père pouvait réciter par coeur tous les mots qui se trouvaient à cet endroit. Les membres de ce petit groupe devaient mémoriser les Écritures de cette façon. Étant donné que l’étude des Écritures servait seulement de point de départ, mon grand-père a passé le reste de sa vie à étudier les traditions rabbiniques. Toute sa compréhension des Écritures était déterminée par ces écrits, par les interprétations de rabbins transmises plusieurs siècles auparavant. Il n’a jamais vraiment pu lire un texte et saisir ce que disait clairement ce texte : son interprétation était toujours influencée par la tradition juive. Pour cette raison, il n’a jamais été capable de voir la messianité de Jésus qui se trouvait dans les Écritures qu’il connaissait pourtant si bien.

            Le débat qui s’est produit au sujet de la tomate donne un aperçu de l’autorité que mon grand-père exerçait sur cette communauté ultra-orthodoxe. Les tomates, tout comme le maïs ou le tabac, furent découvertes dans le Nouveau Monde, puis introduites en Europe; elles ne sont arrivées dans certaines parties de la Pologne qu’après la Première Guerre mondiale. Une question fut alors soulevée : «Est-ce que la tomate est kasher (c’est-à-dire conforme aux prescriptions rituelles du judaïsme)?» C’était une question très importante pour les Juifs de l’époque. Était-il permis, pour un Juif, de manger une tomate? Elle n’est mentionnée nulle part dans la Bible et personne n’avait vu une tomate auparavant, donc était-elle kasher ou non ? Finalement, on forma une délégation qui fut envoyée auprès de mon grand-père pour débattre de la question. Il leur dit de revenir dans une semaine. Durant cette semaine, il acheta des tomates, les amena chez lui et les étudia : il les coupa, regarda leur couleur, leur graines et ainsi de suite, consulta ses livres de traditions, ses écrits rabbiniques et décida finalement que les tomates étaient kasher. Depuis, les Juifs d’Europe mangent des tomates.

            Son orthodoxie était tellement stricte qu’il en est mort : en 1937, le jour de Yom Kippour, le jour des expiations, le jour le plus saint de l’année dans le calendrier juif, mon grand-père a eu une crise d’appendicite. Puisque c’était un jour saint, il refusa tout traitement médical jusqu’à ce que les vingt-quatre heures de Yom Kippour soient passées… il est mort dans la soirée.

            Après la mort de mon grand-père, mon père commença à suivre la même formation que mon grand-père, particulièrement en mémorisant les Écritures, dans le but de prendre la relève.

            La formation de mon père a été interrompue en 1939 quand les Allemands ont envahi la Pologne, au début de la Deuxième Guerre mondiale. Il réussit à fuir en Russie; mais comme les Allemands, les Russes ne manifestaient aucune clémence envers les Juifs. Malgré le fait que mon père était juif, ils l’accusèrent d’être un espion nazi; ils le déportèrent en Sibérie où il resta deux ans dans un camp de prisonniers. En 1941, les Allemands attaquèrent la Russie, ce fut alors une nouvelle phase de la guerre; les Russes avaient besoin de l’aide du gouvernement polonais qui s’était exilé en Angleterre. Le gouvernement polonais promit d’aider la Russie à condition de relâcher les citoyens polonais qui avaient été emprisonnés dans ses camps de concentration. En tant que citoyen polonais, mon père fut libéré. Cependant, puisque l’Allemagne tenait sous son autorité une bonne partie de la Russie, il décida de rester en Sibérie jusqu’à la fin de la guerre. Il survécut durant tout ce temps grâce au métier de photographe qu’il avait appris jeune homme. La guerre et la politique de Staline, qui consistait à déplacer massivement la population russe, avaient créé une demande de passeports et d’autres documents officiels qui exigeaient la photo des détenteurs. Ainsi, tout le monde avait besoin de photos et mon père a été en mesure de recevoir un revenu régulier en tant que photographe. C’est en exerçant son métier qu’il fit la connaissance de ma mère. Elle aussi avait été obligée d’émigrer en Sibérie et avait besoin de photos pour ses papiers officiels. Quelques mois plus tard, ils se marièrent. Quand je suis né, le 26 septembre 1943, mes parents me donnèrent un nom russe : Arichek Genekovich Fruchtenbaum.

            À la fin de la guerre, tous les Polonais reçurent la permission de retourner en Pologne et mes parents décidèrent de s’y établir à nouveau; j’avais alors 3 ans. Sur le chemin du retour, nous sommes passés par l’Ukraine. Au cours de ce trajet, ma mère attrapa la fièvre typhoïde et dut être hospitalisée. Il a fallu que mon père se trouve du travail pour survivre et il a été obligé de me mettre dans un orphelinat. À cette époque, il y avait une grande famine dans la région; très peu de nourriture était disponible et l’orphelinat ne pouvait répondre aux besoins alimentaires des enfants qui mouraient de faim. Toutefois, à la fin de chaque jour, mon père se rendait à l’orphelinat et apportait deux morceaux de pain pour son fils. Je n’avais que la peau sur les os, mais grâce à mon père, je survécus. Quand ma mère fut rétablie, nous avons repris le chemin du retour vers la Pologne. Nous nous sommes installés dans un petit ghetto juif qui était entouré d’une communauté de catholiques romains. Nous y sommes restés moins d’un an.

            Mon père a pu revoir les membres de sa famille qui ont survécu à l’Holocauste. Ils étaient treize frères et sœurs; sept sont morts, dont 6 dans l’Holocauste. Il retrouva un frère et trois sœurs. Une de ses sœurs avait perdu son mari, et son frère avait perdu sa femme et son fils unique. Un autre de ses frères s’était réfugié en Israël durant la guerre. Tous les autres ont péri avec leurs familles : quelques-uns au ghetto de Varsovie et à Auschwitz; certains d’entre eux furent tués dans la forêt de Ponary près de Vilna et d’autres à Tréblinka.

            Quelques mois après notre retour en Pologne, nous allions célébrer la Pâque juive pour une première fois depuis la guerre; nous étions en 1946. Cette fête était particulièrement importante et très significative puisque nous allions célébrer notre délivrance à la fois de l’Égypte et des Allemands. Nous attendions cette fête avec impatience. Pendant les huit jours de la Pâque, nous ne mangerions que du pain sans levain (aucun aliment contenant du levain n’est permis pendant la durée de la Pâque). Alors, les mères commencèrent à cuire du pain sans levain pour cette célébration.

            À cette même période, un jeune enfant catholique romain âgé de trois ans, disparut; les autorités catholiques romaines firent courir le bruit que les Juifs avaient besoin du sang d’un chrétien pour faire le pain sans levain. Ils nous accusèrent d’avoir kidnappé le garçon, de l’avoir tué dans un rituel et d’avoir pris son sang pour faire du pain sans levain. Cette rumeur se propagea à travers toute la Pologne et le premier soir de la Pâque, alors que nous nous préparions à manger, il y avait dehors une foule menaçante qui marchait dans les rues. Cette foule avait été mobilisée par la police et était dirigée par les autorités de l’église catholique. Partout en Pologne, des foules hostiles attaquaient les ghettos juifs dont celui où nous vivions; cette nuit de la Pâque juive 1946, beaucoup de Juifs polonais furent tués au nom de Jésus-Christ. C’est lors de ce terrible événement que j’ai entendu pour la première fois le nom de Jésus-Christ; il ne représentait pas quelqu’un qui est venu mourir pour moi, mais plutôt quelqu’un pour qui j’étais presque mort. Alors que la foule fracassait la porte de nombreux foyers juifs, des prêtres brandissant des croix prononçaient les paroles suivantes avant de tuer un Juif : «Vous avez tué Christ; par conséquent, nous vous tuons.» C’est par ces mots que j’ai entendu parler de Jésus pour la première fois.

            À cause de cette expérience, il s’était dressé une barrière dans mon esprit entre «eux» et «nous», comme dans l’esprit de beaucoup de Juifs. Je n’avais rien à faire avec les Chrétiens ou les Gentils (les deux mots étant des synonymes pour un Juif). La seule chose que je connaissais de Jésus, c’était la haine de ce Jésus meurtrier présenté par l’Église catholique romaine; mais ce n’était pas le véritable Jésus du Nouveau Testament.

            Une bonne chose est tout de même sortie de cette agression oppressive et meurtrière en Pologne : ce fut le travail clandestin des Israéliens. Lorsqu’ils apprirent ce qui se passait en Pologne, ils élaborèrent un plan dans le but de délivrer du rideau de fer le plus grand nombre possible de Juifs. Ils entrèrent en contact avec les agents des douanes polonaises et les soudoyèrent. Ils arrivèrent à un «arrangement» : pendant trente jours, tout Juif pouvait passer librement de l’autre côté de la frontière polonaise.

            Mes parents décidèrent de partir après en avoir entendu parler. Nous avons mis sur notre dos tout ce que nous pouvions et avons rejoint un groupe d’autres Juifs; c’est alors que commença notre longue marche vers la frontière. Quand nous y sommes arrivés, nous avons été arrêtés par les agents des douanes polonaises pour vérifier notre identité. Quand nous leur avons dit que nous étions Juifs, ils ont mis leurs fusils derrière leur dos, se sont retournés et ont fixé les yeux vers le ciel, comme s’ils ne nous voyaient pas; ainsi nous avons pu entrer librement en Tchécoslovaquie. Plus tard, j’ai su combien avait coûté notre passage vers la liberté : rien de plus que quelques cartouches de cigarettes américaines. À cette époque, elles coûtaient cher en Europe de l’Est et une cartouche de cigarettes suffisait pour assurer la liberté d’une famille juive. Les cigarettes peuvent mettre des vies en danger mais, sans aucun doute, elles ont sauvé la mienne!

            Arrivés en Tchécoslovaquie, nous avons été désorganisés pendant quelque temps, mais peu à peu, la filière clandestine israélienne nous a tous rassemblés pour former un groupe de marcheurs. Sous sa direction, nous avons voyagé à pied à travers la forêt tchécoslovaque, vers la frontière tchéco-autrichienne, où d’autres «arrangements» avaient été faits avec les patrouilles douanières. Il a fallu plusieurs semaines pour traverser la Tchécoslovaquie, de la frontière polonaise jusqu’à la frontière autrichienne, et la veille de notre arrivée, le gouvernement tchécoslovaque avait été renversé et remplacé par les Communistes. Quand les Communistes prirent le pouvoir, les gardes-frontières qui avaient été soudoyés ont été remplacés par des Russes avec qui aucun arrangement n’avait été fait. Alors, la filière clandestine israélienne nous a dit de nous cacher pendant qu’ils iraient s’informer. Ils ont appris que les Russes avaient des consignes très strictes qui ne permettaient à personne d’autre que les Grecs, de retourner chez eux. Ils sont revenus là où nous étions cachés et nous ont demandé de brûler tout document qui portait notre nom. Cette nuit-là, nos passeports, certificats de naissance et autres documents sont partis en fumée.

            Le lendemain, on nous a dit de se faire passer pour des Grecs, et nous nous sommes remis en route vers la frontière. Aucun d’entre nous ne parlait grec, les gardes russes non plus! Ce subterfuge a permis à tout notre groupe d’arriver sain et sauf en Autriche, à l’exception d’un membre de la filière clandestine israélienne qui a été tué au dernier moment. Depuis ce jour, je m’approprie tout spécialement les paroles de Romains 1,16 : « J’étais d’abord un Juif, et aussi un Grec! »

            Une fois en Autriche, la police militaire américaine prit la relève de la filière clandestine israélienne. Ces soldats nous ont escortés de l’Autriche à l’Allemagne de l’Ouest et nous ont installés dans un camp pour réfugiés établi par les Britanniques. Nous avons passé les cinq années suivantes dans différentes régions de l’Allemagne de l’Ouest. On nous a empêchés d’aller en Israël car à ce moment-là, les Juifs israéliens se battaient contre les Anglais pour obtenir leur indépendance. Nous sommes demeurés en Allemagne jusqu’au jour où en 1951, nous avons obtenu des visas pour immigrer aux États-Unis.

            Un incident survenu trois ans auparavant, soit en 1948, est devenu un facteur significatif dans ma vie lorsqu’il a été question de la messianité de Jésus. Il y avait un pasteur luthérien, Theophil Burgstahler, et sa fille Hanna, qui apportaient des vêtements et de l’aide humanitaire aux nouveaux réfugiés installés dans les camps. C’était ce pasteur qui nous avait donné des vêtements quand nous sommes arrivés en Allemagne de l’Ouest. Quand il a appris que nous avions fait une demande d’immigration pour les États-Unis, il nous montra une revue publiée par un organisme juif messianique (The Chosen People), datée d’octobre 1948. Sur la page couverture se trouvait l’adresse du siège social de cette organisation situé à New York. Il a arraché la page couverture et l’a donnée à ma mère lui disant qu’une fois arrivée à New York, elle devrait les contacter puisqu’ils pourraient nous aider. Ma mère n’avait pas vraiment compris ce qu’était cette organisation; elle pensait tout simplement que ces gens venaient en aide aux immigrants juifs établis aux États-Unis. En réalité, leur mission ne se limitait pas seulement à cela. Cependant, lorsqu’elle a compris de quoi il s’agissait, il était trop tard; tout au moins en ce qui me concernait. En 1951, la famille Fruchtenbaum, qui comptait alors un deuxième garçon et une fille, quitta l’Allemagne de l’Ouest pour les États-Unis, arriva à New York et s’installa dans Brooklyn.

            Une fois adaptée à son nouveau milieu, ma mère a pris la couverture de la revue qu’elle gardait depuis trois ans, et s’est rendue à Manhattan en métro. Elle a trouvé l’adresse qu’elle cherchait, et elle a rencontré un membre de l’organisation en question, le Dr Daniel Fuchs; mais ils n’ont pas pu soutenir une conversation puisque ma mère ne parlait pas anglais, et parce qu’il ne parlait ni polonais, ni russe, ni allemand ou yiddish. Il nota le nom et l’adresse de ma mère sur une carte et promit de la contacter. En fait, cela ne s’est produit que six ans plus tard. Pendant ce temps, je vivais dans un environnement typiquement juif. La communauté des Gentils était très présente et elle se divisait en différentes ethnies qui demeuraient dans différents secteurs de Brooklyn. Nous étions entourés d’Afro-américains, d’Italiens, de Portoricains et de blancs. Étant donné que je fréquentais des écoles dont la population était juive à 99%, mes contacts avec les Gentils ou Chrétiens étaient pratiquement nuls.

            Six années plus tard, cette organisation juive missionnaire a ouvert un bureau situé à environ un kilomètre et demi de la maison. Un de ses membres fit une liste de personnes à contacter dont l’adresse se trouvait dans leurs fichiers et qui demeuraient dans le secteur de leur nouveau bureau. Des ouvriers ont été envoyés pour visiter ces personnes et les inviter à venir les rencontrer dans leur nouveau local.

            Une personne qui œuvrait pour cette organisation, Ruth Wardell, est venue nous visiter un jour et nous a invités à une réunion de Juifs chrétiens. La première fois que j’ai entendu les mots «Juifs chrétiens», j’ai pensé que c’était vraiment une contradiction dans les termes. On était soit Juif, soit chrétien, mais jamais l’un et l’autre. Je croyais que ceux qui se disaient Juifs et chrétiens devaient être schizophrènes ou qu’ils avaient une double personnalité.

            Néanmoins, j’étais curieux et je décidai d’assister à leur première rencontre. Ce soir-là, je suis entré dans le local de cette organisation et me suis assis. Je sentais la colère monter en moi en écoutant ce qui se disait. Je n’étais pas offusqué d’entendre des Juifs parler de Jésus; je m’y attendais. La chose qui me froissait était qu’ils utilisaient notre Bible, le Tanach, l’Ancien Testament pour parler de Jésus. J’avais appris que nous avions notre Bible et les chrétiens avaient la leur. Leur Bible était le Nouveau Testament qui parlait de Jésus; mais Jésus était censé ne pas se trouver dans notre Bible. Pourtant, il y avait là des chrétiens qui avaient l’audace d’utiliser « notre » Bible pour parler de « leur » Jésus. La personne qui m’avait invité, Ruth Wardell, avait remarqué ma réaction négative et décida de ne pas essayer d’argumenter avec moi. Elle me lança plutôt un défi; elle me donna un Nouveau Testament en me disant de le lire chez moi et de voir si Jésus n’avait pas accompli tout ce que devait accomplir le Messie. Malgré le fait que j’avais l’esprit très peu ouvert, je relevai quand même le défi car j’avais la ferme intention de prouver, une fois pour toutes, à ces schizophrènes qu’ils avaient tort.

            De retour à la maison, j’ai commencé à lire le Nouveau Testament. Au fil de ma lecture, j’étais de plus en plus impressionné par la judéité qui ressortait de ce livre. Son contenu était complètement différent de toutes les idées préconçues que j’avais à son sujet. Dans la communauté juive, on disait que c’était le livre des Gentils. Et pourtant, les premiers mots du livre sont : «Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham». Ces mots ne sont-ils pas représentatifs de la judéité du Nouveau Testament? Plus je le lisais, plus je le trouvais juif : les rabbins, les pharisiens, les lévites et les débats théologiques m’étaient très familiers. Tout dans ce livre était entièrement juif, contrairement à tout ce que je m’attendais. Quand j’ai fini de lire le Nouveau Testament, j’étais convaincu que si Jésus n’était pas le Messie d’Israël, le concept d’un Messie n’existait tout simplement pas. Les Juifs réformés avaient raison sur toute la ligne, et nous, Juifs orthodoxes, vivions dans un monde d’illusions.

            J’étais à « la phase un ». Beaucoup de Juifs arrivent à cette étape, convaincus que Jésus est le Messie, mais ne vont pas plus loin. Ils ne sont jamais passés à l’étape suivante qui consiste à accepter Jésus personnellement; ils ne lui ont jamais permis de changer leur vie, de peur de perdre famille, amis ou travail; ils ont peur de se retrouver dans un monde étrange et inconnu composé de Gentils. J’avais toutes ces craintes et ces pensées quand je suis retourné au local de la mission. Cette fois, je n’étais plus en colère. Je me suis assis avec Ruth Wardell, la personne qui m’avait invité à assister à leur première réunion. Nous avons feuilleté ensemble l’Ancien et le Nouveau Testament, lisant les passages des Écritures qui enseignent tout ce qui a été révélé au sujet du Messie. Finalement, j’étais tout à fait convaincu, j’ai courbé ma tête, j’ai accepté Jésus comme Messie et j’ai rejoint les rangs de ces «schizophrènes».

            À cette même époque, un troisième garçon est venu agrandir la famille. Un an plus tard, ma famille déménagea en Californie; j’ai passé les quatre années suivantes à Los Angeles où j’ai étudié dans une école secondaire composée à 80% de Juifs. C’est à cette époque que j’ai vécu ce dont Jésus parle dans l’évangile de Matthieu (qui cite en partie Michée 7,6), au chapitre 10, versets 34 à 39 :

                  34Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu         apporter la paix, mais l’épée.

            35Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa       mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;

            36et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison.

            37Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui      qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi;

            38celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi.

            39Celui qui conservera sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi           la retrouvera.

 

            Durant tout ce temps en Californie, mon père s’opposait de plus en plus à mes croyances messianiques. Il m’interdisait d’aller à des réunions, juives ou autres. Il m’interdisait de lire la Bible, tant l’Ancien que le Nouveau Testament. Finalement, il ne m’adressa plus la parole. Pendant toute ma dernière année à l’école secondaire, nous n’avons pas échangé un seul mot. Deux mois avant que je finisse mon secondaire, il m’envoya un message par l’intermédiaire de ma mère, disant qu’après la remise des diplômes, je devais quitter la maison. Ce fut une nouvelle crise dans ma vie spirituelle. J’étais croyant depuis environ quatre ans et j’avais déjà eu beaucoup de problèmes à la maison à propos de Jésus; mais cette fois, on me mettait à la porte. À ce moment-là, alors que je lisais l’épître aux Philippiens, un verset m’a donné du réconfort : Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. (Philippiens 4,19). Quand j’ai terminé mes études secondaires en 1962, j’avais ce verset dans mon coeur et 120$ en poche.

            Mon père a exigé, non seulement que je quitte la maison, mais aussi l’État de Californie, parce que si on apprenait que son fils était devenu «chrétien», sa vie professionnelle pourrait être ruinée. J’ai donc décidé de retourner vivre à New York; il m’a fallu deux semaines pour traverser les États-Unis, de Los Angeles à New York. Quand je suis arrivé à destination, le montant d’argent que j’avais dépensé s’élevait à 17$ seulement. Dieu m’avait accompagné tout au long de mon périple; Il avait pourvu à la nourriture, un lit, du transport, et à tout ce dont j’avais besoin quotidiennement.

            Durant l’été, j’ai travaillé comme volontaire, sans salaire, dans un camp juif messianique. En septembre, il ne me restait que 20$ en poche. J’avais été admis dans un collège chrétien, mais les frais de scolarité s’élevaient à 2000$ par an (l’équivalent de 20 000$, aujourd’hui) et je ne pouvais pas faire grand-chose avec les vingt dollars qui me restaient. Je pris la décision que la meilleure chose à faire était de travailler pendant une année, économiser le plus d’argent possible, et commencer mes études l’année suivante. À mon avis, c’était une excellente idée; mais elle n’avait pas vraiment impressionné Dieu. Je n’étais pas en paix à ce sujet; finalement, Dieu m’a convaincu que je devais commencer mes études collégiales immédiatement et lui faire confiance pour les frais de scolarité. Alors, en septembre 1962, j’ai été m’inscrire au collège et je suis sorti du bureau d’administration avec une facture de 750$ à payer à la fin du premier semestre.

            Je me rappelle que je marchais dans le couloir du collège avec ma facture en main et faisant cette prière : «Seigneur, Tu n’as pas voulu que je travaille d’abord pendant un an, Tu devras alors pourvoir au paiement de cette facture dont l’échéance tombe à telle date.» Quatre mois plus tard, à la fin du premier semestre, non seulement Dieu avait pourvu aux 750$, mais le collège me devait de l’argent! Et cette intervention divine s’est répétée au cours des sept semestres qui suivirent. Au début de chaque semestre, je devais de l’argent au collège et à la fin du semestre, c’est le collège qui m’en devait. À la fin du huitième et dernier semestre, tout était réglé jusqu’au dernier sou et j’obtins mon diplôme en 1966. J’ai étudié trois ans au collège Shelton, au New Jersey, et un an au collège Cedarville, en Ohio.

            Les frais de scolarité n’étaient pas mes seules responsabilités financières, bien entendu. J’avais aussi besoin de nourriture, de vêtements, de manuels scolaires, etc… Dès le début de mes études collégiales, j’ai eu pour principe de ne jamais faire connaître mes besoins aux autres, même à mes amis les plus proches; c’est encore ma politique aujourd’hui. Je voulais être sûr que personne ne me donnerait de l’argent par sympathie ou par amitié, mais bien par l’intervention du Seigneur. J’ai toujours prié seul à seul pour exposer mes besoins à Dieu, et Il y a toujours pourvu. L’argent rentrait régulièrement, la plupart du temps de personnes que je n’avais jamais rencontrées, ou de gens qui demeuraient à des centaines de kilomètres d’où je vivais. Aujourd’hui encore, je n’ai aucune idée de la façon dont ils ont entendu parler d’un jeune juif qui étudiait dans un collège du New Jersey et plus tard, en Ohio; mais Dieu avait toujours pourvu à mes besoins.

            Durant mes années passées au collège, j’ai eu trois nouvelles sœurs qui sont nées en Californie, mais je n’avais pas le droit de les voir.

            J’ai déjà mentionné le passage de Matthieu 10,35 à propos des divisions entre un homme et son père; je voudrais aussi parler de la promesse de restitution que Jésus a faite à ce sujet, dans Marc 10,29-30 :

                  29Jésus répondit : Je vous le dis en vérité, il n’est personne qui, ayant quitté, à cause de moi et à cause de la bonne nouvelle, sa maison, ou ses frères ou ses sœurs, ou sa mère, ou son père, ou ses enfants, ou ses terres,

            30ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des      frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres avec des persécutions, et,        dans le siècle à venir, la vie éternelle.

            Dans Marc 10,30, la promesse de Jésus est de nous rendre, dans cette vie, tout ce que nous avons perdu à cause de notre foi. Quand j’ai quitté la maison et que j’ai commencé mes études collégiales, j’ai été « adopté » par trois familles; non selon le sens juridique du terme, mais selon tout ce que ce terme signifie d’un point de vue pratique. Aujourd’hui encore, ils m’appellent « fils » et je les appelle « maman et papa ». À la fin de ma deuxième année de collège, j’avais trois clés à mon porte-clés : la première était celle d’une maison située à Levittown (Long Island); la deuxième était celle d’une maison située à Washington D.C., et la troisième clé était celle d’une maison située à Wildwood (New Jersey). J’étais accueilli comme un membre à part entière dans chacune de ces familles; chaque fois que j’étais dans leur région, je pouvais demeurer dans leur maison, même s’il n’y avait personne, et de faire comme chez moi. Jusqu’à ce jour, les enfants de ces familles m’appellent frère et moi je les appelle frères et sœurs. Lorsque j’ai reçu mon diplôme d’études collégiales, la famille de Wildwood (New Jersey) l’a annoncé dans le journal local où ma photo apparaissait et sous laquelle on pouvait lire la phrase suivante : «M. et Mme Charles Cattell vous font part que leur fils Arnold G. Fruchtenbaum a reçu son diplôme d’études collégiales.» Certains lecteurs ont dû penser qu’il s’agissait d’une faute typographique. Je peux vraiment affirmer que, comme Jésus l’a promis, des pères, mères, frères, sœurs et maisons m’ont littéralement été rendus dans cette vie.

            Après le collège, je m’inscrivis à l’Université hébraïque de Jérusalem car, depuis longtemps, je souhaitais étudier en Israël. Je m’étais inscrit à un programme de maîtrise en archéologie et géographie historique qui coûtait 2400$. J’avais travaillé tout l’été et j’avais économisé 800$, il me manquait 1600$. Dix jours avant de prendre l’avion pour Jérusalem, je reçus une lettre du gouvernement américain disant qu’ils allaient m’accorder une bourse, non pas un prêt, mais bien une bourse au montant de 1624$; 24$ de plus que ce dont j’avais besoin. Il n’y avait qu’une condition à remplir pour recevoir cette bourse : étudier à l’Université hébraïque de Jérusalem! Naturellement, j’étais plus heureux que jamais de me soumettre à cette condition; et j’ai conservé cette lettre jusqu’à ce jour. Ainsi, j’ai pu étudier un an à Jérusalem et être témoin de la guerre des Six-Jours qui a eu lieu en 1967, car j’habitais à quatre rues de la frontière jordanienne quand cette guerre éclata. Deux mois après la guerre, je suis retourné aux États-Unis et j’ai étudié au Séminaire de théologie de Dallas, au Texas, pendant quatre ans. Après ma première année au séminaire, je me suis marié.

            J’ai rencontré celle qui allait devenir ma femme sept ans auparavant et j’ai commencé à la courtiser peu de temps après. Elle était récalcitrante; elle a accepté de m’épouser après sept ans de fréquentation! Pendant sept ans, j’ai travaillé à la convaincre de m’épouser; tout comme mon ancêtre Jacob qui a travaillé sept ans pour marier Rachel. Cette situation similaire m’inquiétait particulièrement car ma femme avait deux sœurs!

            Dans la cérémonie de mariage juif, l’union est scellée au moment où le marié casse un verre sous son pied gauche. Avant de poser ce geste, il peut changer d’idée; mais une fois que le verre est cassé, il ne peut revenir en arrière. Quand mon garçon d’honneur a mis le verre derrière mon talon, j’ai regardé rapidement sous le voile de la mariée pour m’assurer d’épouser la bonne fille, ensuite j’ai brisé le verre. Si vous connaissez l’histoire de Jacob (Genèse 29,16-30), vous comprendrez pourquoi j’ai agi de la sorte!

            Un an après notre mariage, ma femme et moi avons senti que Dieu nous voulait en Israël pour œuvrer au sein d’un ministère. Pendant nos années d’études au séminaire, nous avions travaillé tous les deux pour subvenir à nos besoins, et les provisions miraculeuses que nous avions expérimentées cessèrent pendant cette période. Une fois installés en Israël, où il nous était impossible de travailler à cause des restrictions imposées à l’endroit des visas, nous avons fait confiance à Dieu pour répondre à nos besoins et Il l’a fait durant les années où nous sommes demeurés en Israël. Quand les factures devaient être payées, l’argent était là, provenant encore de personnes que nous n’avons jamais rencontrées. Pendant deux ans, nous avons œuvré en Israël; d’abord avec un petit groupe de croyants israéliens, ensuite nous avons établi un petit institut biblique pour former les croyants d’Israël. Les autorités religieuses locales, les «Pharisiens», ont réagi avec colère; ils ont fait pression auprès du gouvernement et finalement, on nous a demandé de quitter le pays. Nous sommes retournés tristement aux États-Unis en 1973; par contre, nous avons rencontré de jeunes Juifs croyants qui avaient besoin d’enseignement. Après avoir travaillé pour deux organisations juives messianiques, nous avons créé les Ministères Ariel, en 1977.

            En conclusion, au cours de mes voyages, dès que l’occasion se présentait, j’essayais de prendre contact avec le pasteur de l’église luthérienne qui avait donné à ma mère la page couverture de la revue publiée par le ministère Chosen People, et qui, éventuellement, m’a conduit au Messie. Il est arrivé à plusieurs reprises que des Allemands assistent aux cours que je donnais. Ils ont fait des recherches pour moi, mais aucun d’entre eux ne pouvait retrouver ce pasteur. Finalement, j’ai abandonné. Il ne connaîtrait les fruits de son labeur que lors de nos retrouvailles au ciel. Pendant ce temps, j’ai enseigné et écrit plusieurs livres dont un sur les prophéties bibliques intitulé The Footsteps of the Messiah (Sur les Traces du Messie). Deux ans après sa publication, un éditeur allemand l’a lu; il l’a aimé, l’a traduit en allemand et publié en Allemagne. Peu de temps après, un homme qui ne me connaissait pas, a vu mon livre dans un magasin; il ne savait rien de moi, mais il savait que sa femme s’intéressait aux prophéties. Quand elle a vu le livre, elle a reconnu le nom de Fruchtenbaum. Elle m’a écrit et dans sa lettre, elle m’expliquait que son défunt père et elle-même avaient rencontré une famille Fruchtenbaum dans un camp de réfugiés, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. J’ai appris que son père était le pasteur luthérien que je recherchais. Je ne pouvais pas le retrouver parce qu’il était mort et que sa fille était connue sous son nom de femme mariée. L’année suivante, lorsque ma femme et moi revenions d’un voyage en Israël, nous nous sommes arrêtés en Allemagne pour la rencontrer. Elle m’a alors raconté qu’elle priait fidèlement pour mon salut, à chaque jour, depuis 1951, lorsque nous avons quitté l’Allemagne. J’ai été sauvé en 1957, mais elle ne le savait pas. Elle a continué à prier pour moi, à chaque jour, jusqu’à la fin des années 1980, quand elle a appris que j’étais croyant. Voilà tout un témoignage de la puissance de la prière fervente!Y